Le premier des Chevaliers ...

Djan Djote

Quand, en 1992, le Héraut propose à ses honorés Confrères du Conseil Noble d’offrir un costume au plus célèbre des bourgeois de Bruxelles et de l’introniser Grand Prévôt d’honneur, l’enthousiasme est unanime. On sait que la garde-robe de Manneken-Pis est prestigieuse. Y ajouter le costume altde la Confrérîye dèl Târte al Djote va bien sûr honorer le ketje mais aussi contribuer légitimement au renom de notre association.

 

La cérémonie est exceptionnelle et le 529ème costume est remis en grande pompe le 26 juin 1992. Emmenée par la fanfare du Meyboom, la Confrérîye au grand complet, après une parade sur la magnifique Grand-Place de Bruxelles, se rassemble auprès du petit Julien tout « binéche dins s’bia costume » (tout heureux dans son beau costume). Il est tellement content qu’il en ... pisse du vin.

 

Les nombreux touristes applaudissent la réplique vivante de Jean de Nivelles qui défile avec les Chevaliers et Compagnons. Ils le surprennent à échanger quelques mots avec Manneken-Pis. Que se sont-ils dit ? Mystère mais, de retour en terre aclote, les Confrères décident de créer une sculpture représentant un Jean de Nivelles, sculpture susceptible de recevoir, elle aussi, des costumes.

 

L’intérêt de semblable création réside dans le fait que la remise d’un costume va constituer une manifestation originale autour de Jean de Nivelles et de la Djote. De plus, c’est, pour la Confrérîye, le moyen de rencontrer d’autres groupements, même étrangers à la gastronomie pure. Bien vite il apparaît impensable de revêtir le jacquemart nivellois au-dessus de sa tour. Il faut donc imaginer un personnage facile à habiller. Va donc pour une « mascotte » originale ...

 

La Confrérîye lance une souscription qui recueille un franc succès. Elle approche l’artiste Christian PATRIARCHE dont il ne faut pas brider l’esprit créatif. Djan Djote prend forme dans un bloc de tilleul provenant du parc de la Dodaine. Cousin de Jean de Nivelles, avec qui il a en commun la barbe bouclée, le cimier et le marteau, il représente le bon bourgeois au ventre rond, amateur de Târte al Djote. Esthétiquement difforme mais si attachant, il trouve rapidement une couturière capable de concevoir un patron destiné à lui confectionner ses tenues : Claire GODEAU relève le défi avec réussite.

de partout ...

du Portugal à Treignes en passant par Saint-Emilion

Djan Djote fait ses grands débuts officiels au Waux-Hall lors de la treizième remise des labels de qualité, le 1er mars 1994.

 

A cette occasion qu’il reçoit son costume de la Confrérîye et qu’il est intronisé Prévôt d’honneur. Le même jour, l’« Ordre des Amis de Manneken-Pis » lui remet le célèbre blazer bleu. Et l’on peut voir, scène combien émouvante, Manneken-Pis revêtu des atours de la Confrérîye dèl Târte al Djote à côté de son ami Djan Djote portant le costume de l’Ordre.

 

altA partir de ce moment, Djan Djote se confectionne une garde-robe qui s’étoffe d’année en année. Les confréries gastronomiques montrent l’exemple. Celle de Genappe le fait « Grand Duc » (1994) alors que la « Blanke Doréye » de Jodoigne réussit à lui faire tenir tricorne (1995).

 

La « Confrérie Jean de Nivelles » lui passe son premier tablier ... et son premier verre de bière d’Archiduc (1995). La « Double Enghien » lui remet sa cape bordée d’hermine (1996) alors que l’« Ordre du Faro » le revêt de son deuxième tablier, celui de maître brasseur (1996). L’« Ordre du Blanc Bleu Belge » le couvre de la célèbre cape gris bleu (1997). Quant à la célébrissime « Jurade de Saint-Emilion », elle se déplace à Nivelles pour le revêtir de son magnifique manteau rouge avec empiècement à pans tout en le sacrant « Vigneron d’honneur » (1995).

 

D’autres associations nivelloises et étrangères veulent pareillement l’honorer. Le Comité du « Tour Sainte Gertrude » lui confie un costume de pèlerin et lui remet le célèbre bâton (1994). Depuis lors, Djan Djote préside chaque année la réception des pèlerins. Gageons qu’un jour les confrères lui feront faire le tour ...

 

Si la « Pharmacie militaire belge » le nomme adjudant du service médical tout en lui remettant képi et uniforme (1994), l’« Association francophone des Pharmaciens hospitaliers de Belgique » le transforme en apothicaire d’un autre temps en lui offrant lunettes et calot noir. Djan Djote tient fièrement dans la main un beau mortier en laiton (1995). On croit savoir que, malicieux, les pharmaciens lui ont aussi glissé dans la poche un petit préservatif. On est de bois, mais quand même ...

 

A l’occasion du vingtième anniversaire du « Shopping Center » et de sa semaine portugaise (1995), voici notre Aclot paradant en costume de campones ou gardien de taureaux de combat de la ville de Sentirent. Il porte avec élégance pantalon bleu serré aux genoux, bas blancs et genouillère en tricot, chemise blanche et gilet rouge. Pour la première fois, on lui accorde des souliers.

 

Les « Maîtres Cuisiniers de Belgique » l’intègrent dans leur association et lui remettent la spatule et la grande toque blanche (1995). C’est sa seconde toque. La première lui a été offerte peu avant, avec un costume de boulanger, par l’« Union professionnelle des Boulangers-Pâtissiers du Brabant wallon ».

 

Les milieux sportifs ne restent pas indifférents. Djan Djote mérite du « Cercle nivellois des Arts martiaux » le kimono blanc et la ceinture noire (1995). De même, il peut revêtir le maillot rouge que les « Marcheurs et Cyclos du Val de Thines » lui offrent lors d’une fête bien conviviale dans la salle paroissiale de Baulers (1995). Plus récemment, le cercle d’escrime « La Licorne », qui célèbre son trentième anniversaire, lui permet d’armer le fleuret et de porter le masque.

 

Pas insensible au folklore, il apprécie d’être habillé par le groupe de danse « Aunis et Saintonge » de Saintes, ville de Charente-Maritime (1998). C’est lors d’une autre bien belle soirée de danse qu’il reçoit la tenue typique des « Maramures », un groupe roumain de Dragomiresti (1998).

 

On n’a jamais entendu chanter Djan Djote. Et pourtant, le « Théâtre de l’Opérette » va lui octroyer la tenue du célèbre Célestin de l’Auberge du Cheval blanc (1998). Depuis ce soir-là, on a l’ béguin, on a l’béguin pour sa silhouette ...

 

En octobre 1999, les « Amis d’Arthur Masson » à Treignes l’ont fait maïeur de Trignolles. Ce 7 mars 2000, les « Amis de la Nature » ont convaincu ce nouveau Toine Culot de se transformer en marcheur émérite.

 

Le 18 juin 2000, notre mascotte entre dans les « ordres ». En effet, la confrérie des « Hostieux Moines » de l’Abbaye de Villers-la-Ville lui offre un costume de moine cistercien avec la robe blanche, le scapulaire noir avec capuchon, le ceinturon en cuir noir, la médaille représentant un faucon encapuchonné avec la devise « post tenebras spero lucem », sans oublier le bâton du père abbé.

 

Toujours en 2000, le 3 septembre, nos filleuls de la « Confrérie des Mougneûs d’Vète Trëpe » d'Orp-le-Petit lui offre un costume se composant d'un sarrau bleu avec bande verte, un pantalon noir, une médaille et une cocarde avec ruban et d'un chapeau noir. Les filleuls honorent ainsi leurs parrains (nous) qui fêtent leurs 20 ans.

 

Le 13 mars 2001, c'est au tour de la société de gilles « L’Argayon » de Nivelles de l'honorer. Il reçoit ainsi un costume traditionnel de gille.

 

L'« Ordre des Avocats du Barreau de Nivelle s» ne veut pas être en reste et, le 5 mars 2002, Djan Djote devient avocat dans sa toge noire avec sa bavette blanche.

 

Tout cela ne doit pas l'empêcher de garder la forme ... C'est pourquoi, le 8 septembre 2002, le « Royal Pingouin Hockey Club Nivelles » le fait membre. Il reçoit donc les attributs d'un Pingouin : maillot noir, short noir et stick. L'histoire ne dit pas s'il est aussi brillant lors de la troisième mi-temps que ses généreux donateurs ... alt

 

Le 11 février 2003, c'est des mains de Monsieur le Ministre de la Défense André FLAHAUT qu'il reçoit son uniforme de Général d’Aviation ****. En 9 ans donc, il est passé du grade d'adjudant à celui de général ... belle promotion que celle-là !

 

En 2004, lors de notre cérémonie de remise des Labels de qualité, le député-bourgmestre Maurice DEHU, lui remet, au nom du collège échevinal, une tenue officielle de bourgmestre 1830. Celle-ci a été confectionnée par Annette RIDIAUX, professeur à l’IPET. Elle se compose d'un habit frac, d'un pantalon en bleu roi, d'un chapeau à la française orné de plumes d’autruche et de la cocarde nationale, d'une chemise blanche, d'un gilet, de la décoration d’Officier de l'Ordre de Léopold 1er sur cordon de Commandeur, de l'écharpe maïorale tricolore avec glands argentés, d'une épée droite argentée garnie de nacre fabriquée à Solingen (Allemagne) sans oublier les gants.

 

En 2005, également lors de notre cérémonie de remise des Labels de qualité, le cercle de plongée « Cyana » lui offre une tenue de plongeur. Toujours en 2005, notre mascotte devient « Commandeur des Vins de Bordeaux » grâce à notre excellent ami Jean PYLS. Le 22 octobre 2005, jour de notre chapitre du 25ème anniversaire, Djan Djote est fait « Vigneron-Echevin » par la « Confrérie des Satellites de Saint-Emilion ».

 

En 2006, sa garde-robe s'enrichit de son trente-sixième costume grâce à l'action de deux groupements cousins, le « Bataillon Napoléon » et l'« Association belge pour la Recherche et la Reconstitution historiques », qui ont décidé de former une association momentanée bien sympathique. Ils feront ainsi de Djan Djote un grenadier du 8ème de Ligne.

 

Le but de mettre en valeur Nivelles et sa djote à travers la Confrérîye est atteint. Djan Djote a fait savoir au camérier qu’il entend bien ne pas laisser moisir ses costumes au fond d’une armoire. On doit pouvoir les montrer de façon permanente, car ils représentent des symboles privilégiés d’amitié que les donateurs portent à la Confrérîye. Ils sont aussi la manifestation de l’intérêt que des associations et groupements ont envers notre bonne vieille ville de Nivelles.

 

Voilà pourquoi la Confrérîye a accueilli d’enthousiasme la proposition d’occuper la « Maison des Frères ». Le collège échevinal a pris une délibération en ce sens le 27 janvier 1998.

 

Depuis le 4 juin 2004, c'est donc chose faite. Une salle spéciale y est donc réservée à Djan Djote qui peut ainsi exposer ses costumes et rappeler à la foule de ses admirateurs des souvenirs plus agréables les uns que les autres.

 

Tout le monde a pris conscience que Djan Djote fait partie intégrante de notre patrimoine nivellois et que, s’il est de bois, il fait plus que vivre puisqu’il a été conçu pour nous survivre à nous tous.

 

qui est Jean de Nivelles ?

La tourelle sud de la Collégiale Sainte Gertrude de Nivelles est ornée d'un petit guerrier de huit pieds de haut (soit 2,08 m), habillé de plaques de laiton doré et armé d'un marteau. Son poids est de 350 kg. On l'appelle « Jean de Nivelles ».

 

Il ne faut pas voir dans l'automate nivellois un héros historique ou légendaire, encore moins un monument commémoratif. C'est un simple jaquemart de caractère local.

Autrefois, en effet, au sommet des monuments publics, un veilleur signalait l'approche des ennemis, les incendies qui éclataient, etc. Antérieurement aux horloges, ils annonçaient les divisions du temps. Est-ce pour garder le souvenir de ces guetteurs que l'on fabriqua des hommes en métal ?

C'est très probable.

 

« Jean de Nivelles » serait né vers 1400. Il avait été placé sur la tour de la maison communale, qui se trouvait dans la partie inférieure de la grand-place. Aussi longtemps qu'il officia à l'hôtel de ville, les textes ne lui donnent pas de nom. En 1525, c'est « l'homme qui frappe les heures » et en 1535 « l'homme de koeuvre » (cuivre).

 

Tout porte à croire qu'il a été baptisé lors de son transfert à la tourelle sud de la collégiale en 1617. Pourquoi baptisa-t-on notre jaquemart « Jean de Nivelles » ?

Peut-être parce que Jean est le sobriquet par excellence et qu'il convenait très bien pour personnifier le type populaire du vétilleur, du chipotier, du Djan farfouye  que le jaquemart de Nivelles semble si bien incarner. Mais la légende est bien plus belle.

 

Au XVème siècle, le seigneur français Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle (Nevele en Flandre), fils aîné de Jean II de Montmorency, refusa de marcher contre le duc de Bourgogne, malgré l'ordre de son père, se dérobant à toute les sommations, d'où la locution populaire : il ressemble au chien (par corruption de « à ce chien ») de Jean de Nivelles qui s'enfuit quand on l'appelle. Ce Jean de Nivelle, ce Montmorency, va servir de motif à de très nombreuses et jolies chansons, dont le succès s'avéra considérable.

 

Dès le XVIIème siècle, ce succès rejaillit sur le jaquemart de Nivelles. On le confond avec le Montmorency, il devient un héros local et on l'appelle Jean de Nivelles. On lui attribue le dicton « du chien qui s'enfuit quand on l'appelle ».

On ira même jusqu'à lui donner un chien pour compagnon.

 

« Jean de Nivelles » sonna les heures jusqu'au début du XVIIIème siècle. En 1702, une horloge, munie de quatre grands cadrans, fut placée dans la tour centrale de la collégiale. À partir de cette époque, la grosse cloche de la tour sonna les heures tandis que Jean ne battit plus que les demies en frappant de son marteau une cloche placée à côté de lui.

 

Le soir du mardi gras 1859, la foudre alluma un incendie qui ravagea la collégiale. « Jean de Nivelles » survécut au sinistre mais était réduit à l'immobilité, sans carillon, sans mécanisme. Lors du rétablissement du carillon, le 29 août 1926, un système mécanique lui permit de reprendre ses fonctions traditionnelles de « batteur de cloche ». Pas pour longtemps ...

 

Nouveau cataclysme en mai 1940 : l'aviation allemande bombarde Nivelles. La collégiale est détruite, le clocher s'effondre ... mais « Jean de Nivelles » est miraculeusement épargné et il reste solidement accroché à « sa » tourelle.

Pendant quatre ans, il va en quelque sorte narguer l'occupant. Le matin du 21 juillet 1944, fête nationale, il arbore le drapeau belge ! Malheureusement, le 3 septembre 1944, lors des derniers combats pour la libération de la ville, il est mitraillé : son casque, sa tête et son corps sont atteints par les balles.

 

Aujourd'hui, restauré, redoré, il brille de tout son éclat au sommet de sa tourelle tandis qu'un  nouveau carillon égrène sa ritournelle à l'heure et à la demie.

Tout chargé du passé de la cité et des souvenirs de chacun, il veille sur la ville et ses habitants, vivant symbole du vieil esprit nivellois et de son humeur luronne. 

 

Jean DETOURNAY.

Sa garde-robe

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